Henry Purcell et Marc-Antoine Charpentier ne sont pas seulement contemporains, ils partagent un certain rapport à la musique et au verbe, en un siècle où L’Etat et les arts s’étaient donné pour même mission d’exhiber les machines fantastiques du savoir et du pouvoir de la représentation.

L’un et l’autre, d’une certaine manière, se sont affranchis de la représentation, qui est le fondement de l’ordre classique. Et les véritables dépositaires de ce secret, ce mystère de l’essence expressive commune de la Nature et de l’Homme, ce sont les airs et songs, où le modèle dramatique, déclamatoire, bref tout le système de la représentation, se trouvait déplacé vers l’intériorité affective de l’homme.

Ils ont pratiqué l’expérience clandestine d’un langage non représentatif, mais expressif, c’est-à-dire libéré par une énergie pulsionnelle et non régi par une structure formelle. Il y a chez eux un primat de l’expression sur la représentation, qui est aussi bien une primauté du poétique sur le dramatique ou l’épique.

Henry Purcell and Marc-Antoine Charpentier were not only contemporaries – they shared a certain relationship to music and words, making them, perhaps, depositaries of a shared secret. This indeed was a century in which the State and the arts had undertaken the concerted mission of exposing the fantastic machines of knowledge and power of representation.

Both freed themselves from representation, which is the basis of the classical order. The true depositaries of this secret are the airs and the songs. The dramatic, declamatory model to which they belonged migrated towards this affective interiority of the expressive individual.

They tried their hand clandestinely at a non-representative – but expressive – language, freed by a primal energy instead of being ruled by formal structures. Expression in their work took precedence over representation, that is to say, poetry took precedence over drama or epic poetry.